J’entre dans les dernières semaines de ma vie où je n’aurai pas le statut de père. Si tout va bien et que les choses se déroulent comme prévu, ma conjointe donnera naissance à une petite fille qui se prénommera Léana, au cours du mois de mai. J’ai très hâte de la prendre dans mes bras pour une première fois. Je ferai tout en mon pouvoir pour qu’elle puisse s’épanouir comme elle le souhaite au cours de sa vie. Cependant, je dois avouer que je suis légèrement inquiet ou du moins, préoccupé. Pourquoi ? Je ne saurais pas exactement le nommer. Une partie de la réponse vient surtout de l’époque dans laquelle je vis en ce moment.


Nous avons beau nous vanter d’être dans une ère où les différentes technologies, la médecine, la science ou encore l’intelligence artificielle font des progrès à vitesse grand V, mais qu’en est-il de notre tissu social ? De nos relations humaines ?  Vous êtes mieux d’amener votre lunch et vos bottes à cap d’acier pour me convaincre que socialement, nous faisons des progrès. Le temps arrangera peut-être les choses, mais des actions devront être prises rapidement pour y parvenir. Quels genres d’action ? Je vous propose deux pistes.


Les réseaux sociaux

Tôt ou tard, il faudra mettre un coup de barre dans ce fléau de notre époque. Comprenez-moi bien, je suis loin d’être un anti réseaux sociaux, car je pense que ces plateformes, lorsqu’elles sont utilisées de la bonne façon, elles peuvent devenir très pertinentes pour toutes sortes de raisons.  En revanche, on peut trouver autant d’arguments pour dire que les réseaux sociaux contribuent de manière néfaste à nos rapports sociaux. Insultes gratuites, propos diffamatoires, sexistes ou racistes, usurpations d’identités, échanges d’images illégales, cyberintimidation, harcèlement, incitation à la haine, glorification du vide, hypersexualisation et j’en passe, sont tous des mots que je mettrais dans mon champ lexical de ce que les réseaux encouragent ou banalisent, c’est selon.


Il serait grand temps que des comités d’éthiques soit créés pour les Facebook, Snapchat, Instagram ou Tik Tok de ce monde afin d’avoir une sorte de « police du bon goût » sur les réseaux sociaux. Croyez-moi, ces médias ont les moyens de le faire, mais ce n’est tout simplement pas dans leurs intérêts. Ce qui les intéressent, c’est de faire de l’argent, tout simplement. En prenant bien soin d’attitrer une clientèle de plus en plus jeune. Le jour où les utilisateurs qui ont des comportements répréhensibles sur les médias sociaux seront sévèrement punis et bannis pour de bon, un changement pourrait être constaté.


Je crois également que des cours sur la bonne citoyenneté numérique devrait être proposés pour les jeunes, comme les adultes. On pourrait me questionner sur la pertinence de ce genre de cours. Pourtant, on passe notre vie à suivre des cours sans trop se poser de questions. Je crois fermement qu’en apprenant à bien se servir des médias sociaux dès un jeune âge, cela pourrait grandement améliorer la qualité du contenu qu’on y retrouve.


Investir en la jeunesse

Ma dernière phrase mène à ma deuxième piste. Investir dans la jeunesse, c’est large. De mon côté, cela veut dire surtout de miser sur les plus jeunes pour améliorer notre société. Il est toujours plus facile de modifier des comportements à un jeune âge que lorsque nous sommes encrés dans nos comportements en tant qu’adulte.  Ce que j’entends par investir dans la jeunesse, c’est de leur offrir des possibilités de se développer en tant qu’être humain à part entière. Je crois fermement en la prévention, en la sensibilisation et au modelage. Ce qui fait en sorte que j’aimerais fortement que des programmes provinciaux rigoureux sur comment devenir un meilleur être humain soit intégrés dans nos écoles du Québec.


Que pourrait contenir ces programmes ? Voici quelques exemples :  développement des habiletés sociales, la saine gestion de conflits et des émotions, développer notre écoute active, apprendre à mieux communiquer, améliorer sa gestion du stress ou encore développer le mieux vivre-ensemble. Bien évidemment, on pourrait me dire que c’est la « job » des parents de faire tout cela. Je suis d’accord que les parents ont comme mandat d’offrir la meilleure éducation possible à leurs enfants. Cependant, n’est-ce pas un peu le travail de l’école de renforcer l’éducation reçue à la maison ? Je pense que ce genre de programme offrirait la chance d’améliorer les relations et les interactions sociales dès un jeune âge afin d’exploiter le potentiel humain de tous et chacun. Probablement une utopie, mais j’aime penser que cette vision ferait une réelle différence.


Il n’y a pas que le volet scolaire que je veux aborder. Je sais qu’une population éduquée et instruite sera toujours un facteur de protection que peut offrir l’école. Or, on ne comptera pas d’histoires. L’école n’est pas faite pour tout le monde et ne doit pas être uniquement considérée comme la seule et unique voie de réussir en société. Bien qu’il faille encourager le plus possible sa fréquentation, il reste que dans la réalité, il faudrait offrir des alternatives de développement aux jeunes pour qui l’école ne fonctionne pas, ce qui mène au décrochage. Comment ? Difficile d’y répondre. J’ai en tête une enquête du journal La presse dans laquelle on parle des problématiques que vivent les jeunes du quartier de Montréal-Nord que je vous suggère fortement : https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/2020-10-10/la-poudriere-de-montreal-nord.php. On y parle également d’un manque d’investissement dans des installations et des infrastructures qui permettraient peut-être à certains d’entre eux d’avoir une autre option que la rue.


C’est un peu cela ma vision aussi. Il serait peut-être temps qu’on investisse dans des infrastructures, comme une sorte d’école alternative, qui permettrait à des jeunes plus fragiles de s’y épanouir en leur offrant un projet de vie à leur image qui serait développé dans ce genre d’établissement. Que pourrait-on y retrouver ? Je propose quelques suggestions rapides : Des pavillons sportifs, artistiques ou créatifs, initiation au marché du travail, stages dans un domaine qui intéresse le jeune, conférencier sur place, etc. Ce n’est pas une liste exhaustive, mais seulement quelques idées. Je sais que l’argent ne tombe pas du ciel et que mes idées coûtent cher. Mais, avez-vous pensé à l’investissement à long terme pour la société dans laquelle on vit ? À mon avis, voici un réel projet de société, qui m’interpellerait pas mal plus que la légalisation du pot au fédéral ou encore un stade de baseball à Griffintown pour enrichir quelques personnes qui n’en ont pas besoin.


Du moins, c’est ce que je nous souhaite à tous et à ma fille. Investir dans l’humain à un jeune âge, ça ne règle pas tout, mais cela contribue grandement améliorer la société à mon sens. Je ne sais pas dans quel monde Léana évoluera. Je ne sais pas comment elle naviguera au travers de ce qui nous divise comme société. Je ne connais pas ce que l’avenir lui réserve. Ce que je lui souhaite, c’est qu’elle puisse tout simplement vivre dans un monde plus sensible à l’autre, plus humain.