À tous les jours dans le cadre de mon travail, je côtoie des jeunes, qui au quotidien, vivent avec une anxiété de performance tellement importante qu’ils ne sont plus en mesure de fonctionner adéquatement : blocage durant un examen, crises de panique, insomnie avant l’examen, des heures et des heures d’études tous les soirs. Mais où est-ce que se trouve la limite de la performance?


Le système scolaire québécois est tellement fondé sur les résultats scolaires qu’on en vient à oublier la santé mentale de nos jeunes. On renforce l’idée qu’un élève est compétent en fonction de sa moyenne générale. Et si on évaluait plutôt les efforts qui ont été investis derrière le résultat final? Et que fait-on des sphères sociales, relationnelles, communicationnelles? J’ai parfois l’impression qu’on mise tellement sur la performance scolaire qu’on en oublie l’humain qui se cache derrière. L’humain empreint de valeurs, d’intérêts, de qualités et de défauts.


Détrompez-vous, ce que je veux dire, c’est qu’il est, certes, important d’être en mesure d’évaluer les compétences et la compréhension au niveau scolaire. Nous ne voulons pas nous retrouver avec des professionnels ou techniciens qui n’ont aucune connaissance, nous formons tout de même de futurs travailleurs. Là n’est pas la question.


Reste que l’école est également un lieu d’apprentissage important en termes de socialisation et de découverte de soi. Nous ne formons pas seulement de futurs diplômés d’école professionnels, de futurs cégépiens ou universitaires. Nous formons également des humains : le vivre ensemble, l’engagement, le respect et bien plus.


Pour avoir évolué dans le même système scolaire que nos élèves actuels, j’ai parfois le piètre sentiment que nous fonctionnons en robot : lever, école, souper, études, coucher. Vient se mêler à tout ça le stress qui y est lié. Ce qui est malheureux dans tout ça, c’est que les choses ne se placent une fois le secondaire terminé. La pression devient de plus en plus importante au cégep et à l’université. L’esprit de compétition en est malsain. J’aimerais leur dire de continuer à travailler fort, parce que la persévérance risque de les amener au bout du chemin. J’ai, également, envie de leur dire de lâcher prise sur certains morceaux, parce que la différence entre la persévérance et l’acharnement risque de les affecter beaucoup plus qu’ils peuvent le croire.


Lorsque je croise des élèves le lundi matin et que je leur demande comment s’est déroulée leur fin de semaine, très rares sont ceux qui ne me répondent pas qu’ils ont passé le week-end à étudier et à consulter leurs réseaux sociaux. Et après, nous nous questionnons réellement sur les raisons derrière une hausse drastique du taux des diagnostics en lien avec l’anxiété! Peut-on seulement laisser les enfants être des enfants?


Lors de la dernière édition du journal, nous soulignions la semaine de la persévérance scolaire. Cette persévérance, elle s’étend sur 180 jours. 180 jours dans lesquels les adolescents donnent beaucoup pour compléter un niveau. Mais n’oublions pas de valoriser les humains qu’ils deviennent, parce qu’au cours de leur vie, il risque d’être reconnu, non pas pour leur moyenne générale, mais bien pour les humains qu’ils sont.