Avertissement

L’article qui suit peut contenir des propos choquants pour certaines personnes. Il s’agit d’un texte d’opinion qui livre le fond de ma pensée.


Mon titre peut vous paraître choquant, mais je me dois de poser cette question. Pourquoi ? Le 11 mars dernier, marquait la première année vécue sous l’emprise de la Covid-19. C’était également une journée de commémoration nationale au Québec pour rendre hommage aux personnes décédées du virus. Saviez-vous que parmi les 10 576 décès recensés au Québec à ce jour, plus de la moitié proviennent de nos fameux CHSLD (Centres d’hébergement de soins de longue durée) et des RPA (Résidences privées pour aînées) ? Un bilan honteux, scandaleux et pitoyable. Je vais vous le dire, ce n’est même pas le nombre de mort qui me révolte, mais bien de la façon dont nos personnes âgées ont été traitées lors de leur dernier moment sur terre.


Dès le début, ces milieux de vie ou de mort…n’était aucunement préparé à faire face à cette crise mondiale. On ne se comptera pas d’histoires non plus, bien avant que la Covid-19 débarque, cela fait plusieurs années que ces ressources sont en décrépitudes. Coupures budgétaires musclées, manque de matériaux, manque de personnel, conditions de travail et salaires dérisoires font partie des principaux facteurs. Ajoutons à ceux-ci, une population vieillissante, une machine bureaucratique écrasante, avec des acronymes de plus en plus longs et certains gestionnaires complètement déconnectés de la réalité du « plancher » eh bien, nous récoltons ce que nous avons semés depuis un bon moment déjà.


J’ai mentionné le mot révolte plus haut pour décrire mon ressentiment, mais je dois ajouter à cela un mot : dégouté ! Moi-même qui œuvre dans un domaine de relation d’aide au niveau de la jeunesse, je ne peux même pas m’imaginer qu’on ait pu traiter des gens de cette façon, avec si peu de dignité. Je ne souhaiterais pas cela à mon pire ennemi ! Donc, dans la question de mon titre : Comment voudriez-vous terminer votre vie ? Dans tout ce que pourrait comporter votre réponse, est-ce qu’il y a les éléments suivants : Seul, souillé dans votre urine ou vos excréments, avec une hygiène négligée à souhait, sous-alimenté et déshydraté, loin de vos proches, souffrants… Je ne crois pas que c’est ce que l’on se souhaite individuellement pour nos vieux jours.


Pourtant, c’est ce que la majorité des personnes âgées en CHSLD et RPA ont vécues. Ce ne sont pas que des gens morts du coronavirus qui ont subi cette fin atroce, mais également d’autres bénéficiaires que n’étaient pas atteints du virus. C’est ce qu’on appelle des victimes collatérales. Les familles, les aidants naturels, ne pouvaient plus aller visiter leur proche, le personnel médical était déjà fragilisé, donc avec le virus qui prenait de l’ampleur de façon fulgurante, les équipes comptaient sur un nombre d’effectif très réduit. On peut en déduire que plusieurs de nos personnes aînées furent abandonnées à eux-mêmes, au moment de leur vie où ils auraient le plus besoin d’aide, ce qui a occasionné la mort précoce de plusieurs d’entre eux. C’est d’une tristesse inouïe.


Une année plus tard, avec ce bilan honteux, des questions se doivent maintenant d’être posées. Des enquêtes doivent se charger de trouver des responsables. Mais surtout, une restructuration complète dans les milieux de vie de ce genre doit être entamée. Rapidement! Nous voyons depuis peu, une porte de sortie devant cette foutue Covid-19. Nos responsables au Québec devront maintenant arrêter de sortir leur cassette et s’attaquer de fond en comble à ce problème de société.


Ce sera également un cheval de bataille important pour les gens de ma génération et des jeunes de la génération qui entrera sur le marché du travail dans les prochaines années, de faire en sorte que cette situation ne se reproduise plus jamais. Parce que nos personnes âgées en fin de vie méritent le meilleur traitement qui soit ! Nous passons la majorité de notre vie à faire les meilleurs choix possibles pour assurer notre avenir et espérer avoir un peu de réconfort avant le moment qui nous frappera tous un jour. Pour ma part, j’aimerais penser que cela ne m’arrivera pas dans le même scénario « Covidien » que nous venons de vivre, à me demander comment ça se fait qu’on me traite moins bien qu’un animal ou encore un criminel en prison… Et j’ai cette pensée pour tous et chacun d’entre nous.


En terminant, il est écrit : « je me souviens » sur les plaques d’immatriculations derrière nos voitures. Il s’agit de la devise du Québec. Cette devise peut être utilisée dans plusieurs circonstances. J’espère qu’on se souviendra pour toujours de cette descente aux enfers dans nos CHSLD et RPA. J’espère qu’on se souviendra de nos personnes âgées décédées au cours de la dernière année, en leur mémoire et en espérant que ce soit le moteur du changement. J’espère qu’on se souviendra que nous arriverons tous à ce moment un jour et que nos choix de société, nous permettrons de le vivre dans la dignité et le respect.