J’ai saisi l’occasion du congé du temps des fêtes pour me lancer dans la lecture d’un bon roman. La lecture a toujours été pour moi un passe-temps tant adoré, mais qui avait pris un peu le bord depuis la venue de mes enfants, et ce par manque de temps, par priorité de demandes familiales et domestiques, par les demandes de notre travail… Peut-être que je rejoins certains ici avec mes excuses abondantes et superficielles ?


Croyez-moi, prenez le temps de vous lancer dans un bon roman !  (Les profs on en suggère parfois des très bons aussi pour nos cours ! Oui, oui c’est vrai !)  Ça diminue le stress du quotidien, ça aide à s’évader et tout au moins, ça donne une bonne excuse pour reporter ou carrément se désobliger de faire une tâche anodine, du ménage ou autre demande qui ne nous tente pas « trop trop » souvent… Imaginez le scénario :


–  Viens m’aider avec la vaisselle s’il te plait! Viens m’aider à plier le linge chéri!

– Oh non je ne peux pas maintenant, je suis en train de lire, désolé !

–  Ah ok laisse faire ! 


Je crois encore avoir rejoint certains autres avec mon dernier argument. Bref, mon point est clair et simple, ouvre un livre et laisse-toi emporter par la magie du narratif.


            Après une longue recherche chez Chapters Indigo, je ne savais pas trop quoi choisir. Toutes les couvertures de livres étaient si belles, si tentantes… mais je ne voulais pas me lancer dans une lecture après une longue période d’absence (voir toutes mes excuses poches plus haut) et être déçue de mon choix; abandonner après quelques pages. Il me fallait quelque chose de bon.  Je me suis alors tournée vers une source sûre, auteure qui m’était connue et qui vous est connue aussi (ou imposée dans mes cours, voyez-le comme vous voulez) Laurie Halse Anderson, une figurante sur la liste prestigieuse « New York Times bestselling authors ». Oui c’est bien l’auteure de Speak et Twisted qui sont lus dans mes cours d’anglais enrichi de troisième secondaire.


Le livre que j’ai choisi était son plus récent intitulé Wintergirls par la maison d’édition Penguin paru en 2009.  Le livre est annoncé comme étant à la hauteur de son chef d’œuvre Speak (1999), donc le tout étant très prometteur. Le livre traite du sujet de l’anorexie mentale.


 D’entrée de jeu, la protagoniste Lia apprend le décès de sa meilleure amie, de laquelle elle avait pris ses distances depuis les derniers mois. Leurs liens d’amitié dataient depuis la tendre enfance, mais aussi par un pacte secret; celui d’être                 re connues comme étant les plus minces parmi toutes les filles au secondaire. À défaut d’être les meilleures étudiantes, les plus athlétiques, les plus belles, les plus populaires avec les garçons, elles allaient à tout prix être les plus minces. C’est un aspect du secondaire et de leur vie qu’elles pouvaient contrôler entièrement et complètement.


Le roman expose la mentalité perplexe de ce trouble alimentaire, mais aussi les gestes et la logique méconnue des jeunes qui souffrent de ce trouble. Anderson dévoile tranquillement les raisons qui poussent Lia à vouloir se priver de nourriture, mais aussi les effets pervers d’avoir une complice avec qui partager et expérimenter l’anorexie. Le lecteur découvre la souffrance, la faim (car oui elle a faim, mais se prive) qui suivent Lia constamment. L’odeur délicieuse tant de la cuisine de sa belle-mère, mais aussi des cochonneries comme les « chips » ou des « cupcakes » consommés par les gens autour d’elle sont une source de tentation et de souffrance quotidienne. Comme le sont aussi les chicanes avec sa mère avec qui elle décide de ne plus vivre. Elle se soumet à des hospitalisations et des cliniques de réhabilitation malgré elle, à plusieurs reprises. Elle trouve toujours les mots magiques à répéter aux médecins et aux professionnels de santé pour s’en sortir et masquer son trouble aux yeux des adultes avec qui elle vit. Oui, c’est très possible de cacher son ossature squelettique, son poids de 95 livres, son manque de consommation (l’appétit est là) et ce, même si elle doit se soumettre au pèse-personne chaque semaine. Elle découvre des façons pour « truquer » la machine (littéralement), mais aussi des trucs pour une prise de poids rapide, boire de l’eau directement du robinet pour gonfler son ventre, coudre des pièces de monnaie dans sa robe de chambre… chaque livre compte pour convaincre les adultes que tout est beau, pour qu’elle puisse atteindre son poids objectif de 85 livres. À cela, s’ajoute l’automutilation justement pour taire son appétit ou pour se punir si elle consomme une miette de nourriture pour taire ses parents. Les heures d’exercices aux petites heures du matin, l’insomnie, les hallucinations, l’arrêt du cycle menstruel (mais elle continue de mettre des tampons dans la poubelle pour se cacher de sa belle-mère) … tout passe inaperçu par les adultes avec qui elle cohabite.


Mon appréciation personnelle du roman est mitigée. Selon moi ce n’est pas à la hauteur de Speak, mais c’est tout de même bon. Je suis contente de l’avoir lu, car le livre m’a exposé à la réalité de l’anorexie, m’a permis de voir ce trouble sous un tout nouvel aspect, celui de la victime. J’ai plongé dans ses pensées, dans sa logique et ça m’a troublé. Comment elle rejette l’aide, à quel point elle joue avec le système mis en place par des professionnels de la santé, comment elle trouve que c’est valorisant d’être extrêmement mince ? Bref, c’est un monde qui m’était totalement méconnu. On s’entraîne pour avoir un poids santé et pour bien paraître, mais je n’avais jamais vu une telle obsession sur l’image corporelle d’aussi prêt, aussi intimement.


Oui, je vous le recommande certainement. Mais ça m’a amené à faire des recherches plus poussées sur le sujet qui affecte 25 % de nos adolescentes. Je vous recommande donc encore plus de lire les résultats de cette recherche. Vous y trouverez les définitions importantes des troubles alimentaires, les causes, les signes à surveiller, le rôle des parents et ainsi que des sources d’aide.