Le mouvement #MeToo, les récentes vagues de dénonciation sur les réseaux sociaux, le phénomène des influenceurs ainsi que la place des médias traditionnels ont récemment grandement influencé les façons de dénoncer les violences sexuelles et conjugales. Après quelques discussions auprès de collègues et d’amis, je me questionne réellement sur le phénomène des réseaux sociaux en lien avec les vagues de dénonciation. Il est clair que la violence dans les relations amoureuses est un enjeu social que nous nous devons d’adresser collectivement. Malheureusement, les violences sexuelles et conjugales sont un fléau auxquels nos adolescents ne font pas exception. Effectivement, l’Enquête sur le Parcours Amoureux des Jeunes (PAJ) portant entre autres sur les violences dans les relations amoureuses illustre que près de 58% des adolescents auraient vécu une forme de violence quelconque (psychologique, physique ou sexuelle) dans leur relation amoureuse lors de 12 derniers mois (Lavoie et al., 2015). Ainsi, sachant très bien qu’une grande majorité d’adolescents fréquentent les réseaux sociaux quotidiennement, il serait fou de ne pas les utiliser à bonne escient afin de promouvoir une santé relationnelle et sexuelle saine et d’effectuer des campagnes de promotion en lien avec divers enjeux sociaux. L’ampleur qu’à pris ces vagues de dénonciation ont d’ailleurs créé une discussion intéressante au sein de la société et des gouvernements, laquelle n’aurait sans doute pas été possible sans l’apport important des réseaux sociaux. Je ne peux nier l’étendue que permet d’avoir les réseaux sociaux lorsqu’il est question d’adresser des enjeux aussi importants que les violences sexuelles. Non seulement ils sont faciles d’accès et permettent de rejoindre un nombre important d’individus, mais ils permettent également de rassembler une population et de porter la voix beaucoup plus loin. 


Cela étant dit, malgré les impacts positifs que peuvent avoir les dénonciations sur les réseaux sociaux, je me questionne réellement sur la place que prennent ceux-ci dans la réalité actuelle. Les Instagram, Facebook et Twitter de ce monde sont-ils réellement la place idéale pour un procès? Je consens parfaitement à ce que nous abordons des enjeux majeurs telle que la violence conjugale et sexuelle sur les réseaux sociaux, il s’agit d’une plateforme idéale pour échanger ses opinions, trouver des pistes de solutions et éduquer la population. La facilité d’accès à l’information via les diverses plateformes sociales permet également de passer une quantité importante de messages. En revanche, effectuer un «procès» via internet ne remet-il pas en question la crédibilité de notre système judiciaire? Il va sans dire que celui-ci présente d’importantes failles et que la complexité de ce dernier décourage souvent les victimes de violences sexuelles et conjugales à entamer des démarches judiciaires. Cependant, sachant que seulement 5% des victimes d’agression sexuelle portent plaintes à la police ne serait-il pas plus efficace d’agir sur cette importante défaillance (Statistiques Canada)? La directrice de la clinique Juripop qui se spécialise dans les agressions sexuelles, Me Sophie Gagnon, aborde d’ailleurs la question dans un article paru dans LaPresse (https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2020-07-09/agressions-et-harcelement-denoncer-sur-les-reseaux-sociaux-comporte-des-risques.php#). Celle-ci indique d’ailleurs que les déclarations faites sur les réseaux sociaux pourraient grandement nuire à la victime si un procès devait avoir lieu. En effet, toutes déclarations effectuées publiquement pourraient être utilisées lors d’un procès afin de détruire la crédibilité de la victime. Outre cela, des accusations de diffamation ou d’atteinte à la réputation pourraient être portées envers la personne ayant alléguée des inconduites sexuelles ou toutes formes de violence envers un autre individu.  


D’autre part, il est clair que les procédures judiciaires, le temps d’attente et l’implication émotionnelle qu’implique un procès peuvent freiner l’envie d’entamer une démarche de la sorte. Toujours dans le même article, Me Sophie Gagnon présente d’ailleurs un point intéressant : la survivante ou le survivant de violence conjugale ou sexuelle est la meilleure personne pour décider de ce qui est le mieux pour elle, que ce soit une plainte à la police ou non. J’acquiesce dans ce sens, il est vrai que les séquelles laissées par ce type d’expériences peuvent influencer la décision de dénoncer ou non une agression. De ce fait, il est important ici de mentionner que d’autres options, outre les procédures judiciaires ou la dénonciation sur les réseaux sociaux, sont offertes aux victimes de violences sexuelles ou conjugales. En effet, différents organismes offrent de l’aide juridique et des services psychosociaux pouvant servir d’alternative ou de complément à une dénonciation publique ou juridique.  


Ainsi, je n’ai malheureusement pas de verdict final à vous rendre aujourd’hui en lien avec ce débat. L’objectif n’est pas de faire le procès des réseaux sociaux, mais bien de poser une réflexion sur la place qu’ils prennent dans l’espace publique. Sachant tous les effets positifs qu’ils amènent en lien avec les changements d’idéaux il m’est difficile de nier leur apport important dans l’éducation, la prévention et la promotion de la santé sexuelle.


D’un autre côté, plus je navigue sur internet et aux travers des différents médias plus je réalise à quel point la ligne entre le privé et le publique rétrécit. Cette réflexion me pousse également à me questionner sur la limite du partage et de la transparence sur les réseaux sociaux. Vous me direz sans doute qu’il s’agit-là d’un autre débat … Cela dit je suis convaincue que la culture de l’authenticité présente sur les plateformes sociales n’est pas complètement indépendantes des enjeux précédemment évoqués. Cette autre réflexion mériterait d’ailleurs que nous nous y attardons plus profondément. J’avoue ressentir un certain malaise quant à la notion d’intimité depuis le développement des réseaux sociaux, il me semble que cette notion devienne de plus en plus floue. La conclusion est sans doute que tout n’est pas noir ou blanc, des zones grises continuent d’alimenter les débats sur les réseaux sociaux. Tranchée vers une idée fixe est presqu’impossible, mais les réflexions sur l’envers des plateformes sociales méritent d’être adressées et réfléchies afin de poursuivre les discussions englobant les enjeux collectifs auxquels nous faisons face quotidiennement.